Incidents de sécurité
Procédure d'incident (détection, confinement, éradication, restauration, notification CNIL 72 h et personnes), scénarios types, suppression sécurisée des données en fin de contrat et fin de vie des disques.
L'essentiel
- Un incident est traité en six temps : détection, qualification, confinement, éradication, restauration, retour d'expérience. Chaque temps a un responsable désigné à l'avance (référent client, prestataire).
- Une violation de données personnelles se notifie à la CNIL « dans les meilleurs délais et au plus tard 72 h » après en avoir pris connaissance (art. 33 RGPD) ; les personnes concernées sont informées en cas de risque élevé (art. 34) 1. Le prestataire, sous-traitant, prévient le cabinet sans délai.
- Trois scénarios sont détaillés : compromission de la Box, perte ou vol, ransomware.
- La fin de contrat et la fin de vie d'un disque sont traitées comme des procédures de sécurité : effacement cryptographique, destruction, certificat.
- Un exercice annuel sur table valide que la procédure est connue et jouable. Elle n'a encore jamais été jouée.
Rôles
| Rôle | Qui | Responsabilités |
|---|---|---|
| Référent client | Un associé ou l'office manager du cabinet | Décide (arrêt de la Box, notification CNIL, information des clients), signe, tient le registre des violations |
| Prestataire (responsable technique) | Le mainteneur de la Box | Détecte, confine, analyse, restaure, documente ; alerte le référent sans délai |
| Délégué à la protection des données (si désigné) ou conseil RGPD | Interne ou externe | Qualifie la violation, rédige la notification CNIL |
| Bâtonnier / ordre | Selon les règles du barreau | À informer si le secret professionnel est atteint : modalités à confirmer avec le CNB 6 (à sourcer) |
| Assureur cyber / RC pro | Selon contrat | À prévenir dans les délais du contrat (souvent 24 à 48 h) |
Les coordonnées de chacun sont dans la fiche d'incident remise au client à l'installation, sur papier : en cas de ransomware, l'annuaire numérique peut être indisponible.
Procédure générale
1. Détection
Sources : alertes du monitoring (service arrêté, connexion admin hors fenêtre, pic de trafic sortant, disque plein), signalement d'un utilisateur (extrait d'un dossier inattendu dans une réponse, comportement anormal), avis de sécurité d'un éditeur, constat physique (machine absente). Tout extrait de document reçu par une personne qui n'y a pas droit est un incident, même sans intention malveillante.
2. Qualification
Questions à répondre en moins d'une heure, par écrit (heure, auteur) :
- Quoi : indisponibilité, altération, divulgation, perte ?
- Quels actifs : documents, embeddings, journaux, comptes, sauvegardes ?
- Des données personnelles sont-elles concernées ? Si oui, c'est une violation au sens du RGPD et le compte à rebours de 72 h démarre à la prise de connaissance 1.
- Le secret professionnel est-il atteint ?
- L'incident est-il en cours ?
3. Confinement
Ordre proposé, du moins destructeur au plus destructeur :
- Fermer l'accès VPN du prestataire s'il est suspecté, et tous les accès distants.
- Débrancher le câble réseau de la Box (pas l'alimentation : la mémoire contient des preuves et le disque déchiffré reste accessible pour l'analyse).
- Révoquer les sessions et jetons utilisateurs ; forcer le renouvellement des mots de passe.
- Isoler les sauvegardes : couper l'accès de la Box au dépôt hors site pour éviter l'écrasement ou le chiffrement des copies.
- Ne rien effacer : copie des journaux vers un support externe, photographies, horodatage.
4. Éradication
Identifier la cause (compte compromis, vulnérabilité, erreur de configuration, action interne). Principe : une machine dont la compromission est avérée n'est pas nettoyée, elle est réinstallée depuis l'image de référence, puis les données sont restaurées depuis une sauvegarde antérieure à la compromission. Rotation de tous les secrets (clés SSH, secrets applicatifs, clé du dépôt de sauvegarde si exposée, mots de passe).
5. Restauration
Suivre la procédure de reprise : choisir la sauvegarde, vérifier son intégrité, restaurer, contrôler les permissions, réindexer si nécessaire, tester avec le référent avant réouverture aux utilisateurs.
6. Retour d'expérience
Rapport sous 15 jours : chronologie, cause, données concernées, mesures prises, mesures à prendre, mise à jour du modèle de menace et de la checklist. Inscription au registre des violations (obligatoire pour toute violation, même non notifiée, art. 33.5) 1.
Notifications
| Destinataire | Quand | Délai | Contenu | Qui |
|---|---|---|---|---|
| Cabinet (responsable de traitement) | Dès que le prestataire suspecte une violation | « Dans les meilleurs délais » (obligation du sous-traitant) ; proposition contractuelle : 24 h maximum | Faits connus, actifs, actions engagées | Prestataire |
| CNIL | Violation de données personnelles présentant un risque | 72 h après prise de connaissance ; notification initiale possible puis complément 1 | Nature, catégories et nombre de personnes et d'enregistrements, conséquences probables, mesures, contact | Cabinet (via le téléservice CNIL) |
| Personnes concernées | Risque élevé pour leurs droits et libertés | « Au plus tôt » | Nature, conséquences probables, mesures, contact, en termes clairs | Cabinet |
| Clients du cabinet | Atteinte au secret professionnel de leur dossier, même sans risque RGPD élevé | Sans délai, par l'avocat en charge | Ce qui a été exposé, à qui, ce qui est fait | Cabinet |
| Ordre / bâtonnier | Atteinte au secret professionnel | Selon règles ordinales (à confirmer) | Cabinet | |
| Assureur | Selon contrat | Souvent 24 à 48 h | Cabinet | |
| Plainte pénale | Intrusion, vol, extorsion | Sans délai ; conserver les preuves | Cabinet |
Scénarios types
Compromission de la Box
Signes : compte administrateur inconnu, processus ou container non répertorié, connexion sortante inhabituelle, modification de la configuration hors fenêtre de maintenance, alerte d'intégrité.
| Étape | Action |
|---|---|
| Confinement | Câble réseau débranché ; VPN fermé ; sessions révoquées |
| Preuves | Copie des journaux (journald, reverse proxy, application, pare-feu) sur support externe ; liste des processus, connexions, containers ; conserver le disque |
| Qualification | Les journaux d'accès RAG indiquent-ils des lectures de documents ? Si oui, violation de confidentialité : notification |
| Éradication | Réinstallation complète depuis l'image de référence ; rotation de tous les secrets |
| Restauration | Sauvegarde antérieure à la première trace suspecte ; réindexation depuis les documents sources plutôt que restauration de l'index si un empoisonnement est possible |
| Après | Analyse de la cause ; revue des CVE ; mise à jour de la checklist |
Perte ou vol de la machine ou d'un disque
| Étape | Action |
|---|---|
| Constat | Heure, circonstances, ce qui manque (machine entière, un SSD, l'enveloppe de récupération ?) |
| Qualification | Disque chiffré LUKS2 avec clé non stockée en clair : la CNIL considère qu'un chiffrement robuste dont la clé n'est pas compromise peut rendre le risque pour les personnes improbable ; la notification aux personnes peut alors ne pas être requise, la notification CNIL et l'inscription au registre restent à examiner au cas par cas 1. Si le mode de déverrouillage est TPM2 sans PIN et que la machine entière a été volée, considérer le risque comme réel (écran de connexion accessible) : voir Durcissement |
| Actions | Révoquer les certificats et clés VPN de la machine ; révoquer les jetons ; changer les mots de passe ; si l'enveloppe de récupération a disparu aussi, considérer les données comme compromises |
| Restauration | Nouvelle machine depuis l'image de référence, restauration depuis la sauvegarde hors site ; vérification du RTO réel |
| Après | Plainte ; déclaration à l'assureur ; revue de la sécurité physique |
Ransomware
Deux formes : sur un poste utilisateur (le plus probable) qui chiffre les partages accessibles, ou sur la Box elle-même.
| Étape | Action |
|---|---|
| Confinement | Isoler le poste touché ; couper l'accès de la Box au NAS ; couper l'accès au dépôt hors site pour préserver les sauvegardes existantes |
| Vérification | Les documents sources sur le NAS sont-ils chiffrés ? La Box (montage en lecture seule) a-t-elle été touchée ? Les snapshots existent-ils ? |
| Éradication | Réinstallation des postes touchés ; sur la Box, réinstallation si atteinte |
| Restauration | Documents depuis snapshots ou sauvegarde ; index réindexé ; ne restaurer que depuis une copie dont la date précède l'infection |
| Notification | Un ransomware qui exfiltre est une violation de confidentialité ; un ransomware qui chiffre sans exfiltrer est une violation de disponibilité : les deux s'inscrivent au registre, la notification CNIL dépend du risque 1 |
| Après | Plainte ; exercice avec le cabinet sur l'hameçonnage |
Suppression sécurisée des données
Fin de contrat
Le contrat de sous-traitance impose la suppression ou la restitution des données au choix du client (art. 28.3.g RGPD ; voir RGPD). Procédure proposée :
| # | Étape | Preuve |
|---|---|---|
| 1 | Restitution : export des documents (ils restent chez le client de toute façon), de la configuration des permissions, de la base d'utilisateurs, des journaux d'audit dans un format lisible | Reçu signé |
| 2 | Effacement cryptographique de la Box : destruction des en-têtes LUKS (cryptsetup erase puis écrasement de l'en-tête) sur chaque SSD ; sans clé, le contenu est illisible 5 | Journal de commande horodaté |
| 3 | Effacement du dépôt de sauvegarde hors site : suppression du dépôt et destruction de sa clé ; si l'hébergeur ne garantit pas l'effacement physique, la destruction de la clé est la garantie | Attestation de l'hébergeur si disponible |
| 4 | Effacement des sauvegardes locales (NAS) : suppression des snapshots et du dépôt | Capture ou journal |
| 5 | Chunks, embeddings, historique de conversations, journaux : compris dans les volumes chiffrés effacés ; vérifier qu'aucune copie n'existe chez le prestataire (machine de laboratoire, exports de support) | Déclaration écrite du prestataire |
| 6 | Révocation des accès du prestataire (VPN, comptes, clés) ; destruction de sa copie de la clé de récupération | Journal |
| 7 | Certificat de suppression remis au client, listant les supports, les méthodes, les dates, les personnes | Certificat signé |
Fin de vie d'un disque
La CNIL demande de « supprimer de façon sécurisée les données des matériels avant leur mise au rebut » et de ne pas réutiliser, revendre ou jeter des supports sans effacement 2. Pour un SSD, l'écrasement logiciel classique n'est pas fiable (blocs réalloués, surprovisionnement). Politique proposée :
- Le disque a toujours été chiffré (LUKS2) : destruction de l'en-tête LUKS = effacement cryptographique.
- Commande d'effacement du firmware (ATA Secure Erase ou NVMe Format avec effacement cryptographique) si le disque répond encore.
- Destruction physique (broyage, perçage des puces) pour tout disque qui a contenu des données couvertes par le secret professionnel, même après les étapes 1 et 2 : le coût d'un SSD est faible devant le risque.
- Disque défaillant sous garantie : ne pas le renvoyer au constructeur s'il n'est pas prouvé chiffré et effacé ; préférer la destruction et la perte de la garantie.
- Certificat de destruction (prestataire spécialisé ou attestation interne avec photo et numéro de série).
Exercice annuel
Une fois par an, un exercice sur table de deux heures avec le référent client et le prestataire : un scénario tiré au sort (compromission, vol, ransomware), déroulé de la procédure, vérification des contacts, des délais, de l'accès aux sauvegardes et à l'enveloppe de récupération. Compte rendu et mise à jour de cette page. Un test de restauration complète est joué en parallèle (voir l'expérience dédiée).
Questions ouvertes
Ce qu'il reste à tester
- Exercice d'incident : ransomware sur un poste du cabinetUn ransomware exécuté sur un poste utilisateur ayant accès au partage documentaire ne peut ni chiffrer les données de la Box (montage en lecture seule), ni altérer les sauvegardes (dépôt en ajout seul ou hors de portée), et la procédure d'incident permet une reprise sous 2 jours ouvrés avec une notification CNIL préparée dans les 72 heures.À tester
- Redémarrage à distance avec disque chiffré LUKS2 et TPM2Avec systemd-cryptenroll et un enrôlement TPM2 lié aux PCR du démarrage sécurisé, la Box redémarre sans saisie de mot de passe après un redémarrage ordinaire, refuse le déverrouillage automatique après une modification du chargeur ou de la désactivation de Secure Boot, et redevient déverrouillable avec la clé de récupération.À tester
- Scan de vulnérabilités des images Docker de la BoxLes images officielles de la pile retenue ne contiennent aucune vulnérabilité critique exploitable dans le contexte de la Box (services non exposés, réseau interne), et un scan mensuel automatisé avec Trivy plus un SBOM par image permettent de suivre les correctifs sans effort excessif.À tester
- Test de fuite de permissions du RAG (« l'avocat B ne voit jamais A »)Avec un filtre dossier_id calculé côté serveur et imposé par le moteur (RLS PostgreSQL ou JWT Qdrant), aucun chunk ni aucune réponse ne contient un canari hors de la portée de l'utilisateur, même lorsque la barrière applicative est désactivée.À tester
- Test de restauration complète sur machine viergeUne Box complète (système, configuration, base d'utilisateurs et permissions, index, journaux) peut être reconstruite sur une machine vierge en moins d'un jour ouvré à partir de la sauvegarde hors site chiffrée et des clés sous séquestre, sans intervention sur la Box d'origine.À tester
- Valider l'installation reproductibleUne personne compétente en administration Linux mais sans connaissance préalable du projet réinstalle la Box en moins d'une demi-journée à partir de la page Installation et du dépôt de configuration, et obtient le même résultat à la checklist de validation que l'installation initiale.À tester
Sources
- 1CNIL — Violations de données personnelles : les règles à suivre et téléservice de notificationDocumentation officielleFiabilité hauteCNIL · publié Non daté (page maintenue) · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 2CNIL — Guide sécurité : encadrer la maintenance et la fin de vie des matériels et logicielsDocumentation officielleFiabilité hauteCNIL · publié Édition 2024 du guide sécurité · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 3CNIL — Sécurité : Gérer la sous-traitanceDocumentation officielleFiabilité hauteCNIL · publié 2024 · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 4ANSSI — Guide d'hygiène informatique (42 mesures)Documentation officielleFiabilité hauteANSSI · publié Non daté (page maintenue) · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 5cryptsetup / LUKS — dépôt officielGitHubFiabilité hauteProjet cryptsetup · publié 2026 · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 6CNB — Guide pratique « La déontologie et l'intelligence artificielle » (1re édition, avril 2026)Documentation juridiqueFiabilité hauteConseil national des barreaux (Commission des règles et usages) · publié avril 2026 (adopté le 17 mars 2026, mis en ligne le 13 mai 2026) · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source