RGPD et confidentialité : vue d'ensemble
Ce qu'une IA locale change (et ne change pas) au regard du RGPD, les rôles, les articles clés, la localisation des données et la checklist de conformité de la Box IA.
L'essentiel
- Une IA locale ne fait pas sortir le RGPD du cabinet : elle supprime le transfert vers un tiers et le risque de réutilisation par un fournisseur, mais le cabinet reste responsable du traitement « assistant IA + RAG » 1.
- La CNIL recommande de « privilégier le déploiement de solutions "sur site" » quand l'usage consiste à fournir des données personnelles ou une documentation sensible 2. La Box IA est exactement ce cas.
- Les obligations classiques demeurent : base légale et test de compatibilité, information, registre, sécurité (art. 32), journalisation 6 mois à 1 an, gestion des droits, procédure de violation, AIPD probable.
- Le prestataire qui installe et maintient la Box est sous-traitant (art. 28) dès qu'il a un accès aux données.
- Le RGPD s'applique sans modification au 16 septembre 2026 : la proposition d'Omnibus numérique n'est pas adoptée 18.
Cette section n'est pas un avis juridique. Chaque page distingue quatre niveaux : faits juridiques vérifiés (texte officiel), recommandations officielles, interprétations, et sujets à valider par un juriste.
Pourquoi une IA locale change la donne (et pourquoi elle ne suffit pas)
Ce que la Box supprime :
| Risque avec une IA en ligne (cloud, API) | Situation avec la Box IA |
|---|---|
| Transfert des données vers un fournisseur tiers, souvent hors UE | Aucun transfert : inférence, index et historiques restent sur le serveur du cabinet |
| Réutilisation des prompts pour l'entraînement | Impossible par construction : le modèle est open-weight, exécuté localement, non ré-entraîné |
| Sous-traitance en cascade (fournisseur de modèle, hébergeur, sous-traitants ultérieurs) | Un seul sous-traitant potentiel : le prestataire installateur-mainteneur |
| Dépendance à des conditions d'utilisation changeantes | Logiciels libres, versions figées et documentées |
Ce que la Box ne supprime pas :
- Le traitement existe toujours : indexer les dossiers dans un RAG et les soumettre à un LLM est un traitement de données personnelles distinct de la gestion des dossiers. La CNIL est explicite : lorsque l'organisme utilise du RAG avec des données personnelles, « il devient responsable de ce traitement » 1.
- La sécurité repose désormais sur le cabinet (et son prestataire) : chiffrement, sauvegardes, accès, mises à jour.
- Les hallucinations et l'obligation de vérification humaine ne dépendent pas du lieu d'hébergement.
Les rôles
| Acteur | Rôle RGPD | Conséquence |
|---|---|---|
| Le cabinet | Responsable du traitement | Décide des finalités et des moyens ; tient le registre ; réalise l'AIPD ; répond aux personnes |
| Le prestataire (installation, maintenance, télémaintenance, sauvegarde hors site) | Sous-traitant (art. 28) | Contrat art. 28.3 obligatoire ; agit sur instruction ; journalisé ; voir sous-traitance |
| L'éditeur du modèle open-weight (ex. Mistral, Meta, OpenAI pour gpt-oss) | Aucun rôle RGPD sur les données du cabinet | Il ne reçoit rien ; il reste « fournisseur de modèle » au sens du règlement IA, voir AI Act |
| Les utilisateurs (avocats, collaborateurs, assistants) | Personnes autorisées, également personnes concernées (journalisation) | Information sur la journalisation, habilitations, charte |
Articles clés du RGPD
| Article | Objet | Application à la Box IA |
|---|---|---|
| 5 | Principes : licéité, limitation des finalités, minimisation, exactitude, conservation limitée, intégrité et confidentialité, responsabilité | Fondement de la documentation ; minimisation = n'indexer que ce qui sert la finalité |
| 6 | Licéité ; 6.4 test de compatibilité pour la réutilisation | Base légale de l'assistant ; test 6.4 documenté pour la réutilisation des dossiers |
| 9 | Catégories particulières (santé, opinions, orientation sexuelle…) ; 9.2.f : traitement « nécessaire à la constatation, à l'exercice ou à la défense d'un droit en justice » | Dossiers d'avocats contenant des données sensibles |
| 10 | Données relatives aux condamnations pénales et infractions | Complété par l'art. 46 LIL : « les auxiliaires de justice, pour les stricts besoins de l'exercice des missions qui leur sont confiées par la loi » |
| 13-14 | Information des personnes (collecte directe / indirecte) | Politique de confidentialité, lettre de mission, information des salariés |
| 25 | Protection des données dès la conception et par défaut | Cloisonnement par dossier, rétention courte des conversations, journaux minimisés |
| 28 | Sous-traitant : garanties suffisantes (28.1), contenu du contrat (28.3), clauses types (28.7) | Contrat avec le prestataire, voir sous-traitance |
| 30 | Registre des activités de traitement ; 30.5 dérogation pour moins de 250 salariés | Registre obligatoire malgré la taille (données sensibles, traitement pérenne), voir registre |
| 32 | Sécurité du traitement, « appropriée au risque » | Chiffrement, MFA, journalisation, sauvegardes, tests |
| 33-34 | Notification des violations (72 h à la CNIL ; communication aux personnes si risque élevé) | Procédure incident ; remontée du prestataire sous 24 à 48 h |
| 35 | Analyse d'impact | Voir AIPD |
| Art. 46 LIL | Traitements de données d'infractions autorisés pour les auxiliaires de justice (2°) et pour préparer ou exercer une action en justice (3°), « pour une durée strictement proportionnée » | Fondement national pour indexer des dossiers pénaux dans le RAG |
Base légale et information
Données personnelles dans un cabinet
| Catégorie | Exemples dans les dossiers | Régime |
|---|---|---|
| Données « ordinaires » | Identité, coordonnées, situation familiale et patrimoniale, correspondances | Art. 5, 6 |
| Données sensibles (art. 9) | Santé (dommage corporel, arrêts de travail), opinions syndicales (droit du travail), vie sexuelle (divorce, pénal), origine, religion | Art. 9.2.f (défense d'un droit en justice) |
| Infractions et condamnations (art. 10) | Procédures pénales, casier, plaintes | Art. 46 LIL 2° et 3° |
| Données des utilisateurs | Comptes, requêtes, réponses, journaux d'accès | Information des salariés, journalisation encadrée |
| Données du prestataire | Comptes administrateurs nominatifs, journaux d'intervention | Journalisation des administrateurs |
Toutes ces données se retrouvent dans six emplacements de la Box : documents sources, chunks et embeddings, historiques de conversation, caches, journaux, sauvegardes. La page droits et effacement traite chaque emplacement.
Localisation : tout reste sur site, avec deux exceptions
Par conception, l'inférence, l'index vectoriel, l'interface et les journaux s'exécutent sur le serveur installé dans les locaux du cabinet. Aucun transfert hors UE, aucun envoi vers un fournisseur de modèle. Deux flux sortants sont à documenter :
- Sauvegarde hors site : si une copie chiffrée est déposée chez le prestataire ou chez un hébergeur, c'est une sous-traitance (art. 28) ; le lieu d'hébergement doit être en France ou dans l'UE et la clé de chiffrement doit rester au cabinet. Voir sauvegardes.
- Télémaintenance : accès distant à la demande, VPN et MFA, durée limitée, journalisé. Voir sous-traitance et réseau.
Un troisième flux existe à l'installation et lors des mises à jour : téléchargement des modèles et des paquets logiciels. Il ne contient aucune donnée du cabinet mais doit être encadré (sources vérifiées, empreintes) : c'est un sujet de chaîne d'approvisionnement traité par l'ANSSI 19.
Journalisation
Choix de conception pour la Box : deux journaux distincts. Un journal de sécurité (qui, quand, quelle action, quel dossier consulté) conservé 6 à 12 mois, sans le contenu des prompts. Un historique de conversation (contenu des questions et réponses) à durée courte, purgeable par l'utilisateur. Voir monitoring.
Conservation, suppression, minimisation, finalités
Application à la Box :
- Finalités : (1) assistance à la recherche, à la synthèse et à la rédaction sur les documents du cabinet ; (2) sécurité et traçabilité ; (3) administration technique. Toute autre finalité (évaluation des salariés, profilage des clients) est exclue par la charte et techniquement non prévue.
- Minimisation : n'indexer que les dossiers de la base active nécessaires aux utilisateurs habilités ; exclure par défaut les dossiers archivés ; filtrer les répertoires personnels et RH ; pas de copie des prompts dans les journaux de sécurité.
- Conservation : durée de vie d'un index alignée sur le dossier source (suppression synchrone) ; conversations 30 à 90 jours (valeur à décider, hypothèse) ; journaux 6 à 12 mois ; sauvegardes selon la rotation documentée dans sauvegardes.
- Suppression : procédure unique « supprimer un document / une personne » couvrant les six emplacements, voir droits et effacement.
Documentation à tenir
| Document | Obligation | Page |
|---|---|---|
| Fiche de registre « assistant IA interne » | Art. 30 (obligatoire malgré moins de 250 salariés : traitement pérenne, données sensibles) 16 | registre |
| AIPD | Art. 35, probable (deux critères G29) | AIPD |
| Test de compatibilité art. 6.4 | Art. 6.4, si base 6.1.f | dans l'AIPD |
| Contrat de sous-traitance | Art. 28.3 | sous-traitance |
| Information des personnes | Art. 13-14 | politique de confidentialité, lettre de mission |
| Charte d'usage de l'IA | Recommandée (CNIL, CNB) | avocats |
| Procédure de violation | Art. 33-34, 72 h 15 | sécurité |
| Procédure d'exercice des droits | Art. 12 à 22 | droits et effacement |
Checklist de conformité « Box IA »
Statuts : « prévu » = intégré dans l'architecture cible ; « à décider » = choix ouvert ; « à valider » = point juridique.
| Obligation | Mesure Box IA | Statut |
|---|---|---|
| Base légale documentée (art. 6, 6.4) | Note de qualification : intérêt légitime + test de compatibilité | À valider |
| Données sensibles et infractions (art. 9, 10, 46 LIL) | Fondement 9.2.f et 46 LIL 2° consigné au registre ; indexation limitée à la base active | À valider |
| Information (art. 13-14) | Mise à jour de la politique de confidentialité et de la lettre de mission ; note aux salariés sur la journalisation | À décider |
| Registre (art. 30) | Fiche type fournie | Prévu |
| AIPD (art. 35) | Canevas et outil PIA ; livrable du pilote | Prévu |
| Protection dès la conception (art. 25) | Permissions par dossier avant la recherche ; rétention courte ; comptes nominatifs | Prévu |
| Sécurité (art. 32) : chiffrement au repos | LUKS AES-256, clé détenue par le cabinet | Prévu |
| Sécurité : chiffrement en transit | TLS sur l'interface, VPN pour l'accès distant | Prévu |
| Sécurité : authentification | Mots de passe conformes à la délibération 2022-100 (80 bits d'entropie) 14 ou MFA / passkeys | Prévu |
| Sécurité : habilitations | RBAC et ACL par dossier, voir permissions | Prévu |
| Sécurité : journalisation | Journal de sécurité 6 à 12 mois, administrateurs inclus, sans contenu des prompts | Prévu |
| Sécurité : sauvegardes | 3-2-1 chiffrées ; hors site = sous-traitance | Prévu |
| Sécurité : tests | Tests avant mise en production, données fictives pour les essais 12, audits incluant du red teaming 13 | À décider |
| Sous-traitance (art. 28) | Contrat 28.3 + clause secret professionnel + télémaintenance encadrée | Prévu |
| Violations (art. 33-34) | Procédure écrite ; délai de remontée du prestataire 24 à 48 h | À décider |
| Droits des personnes (art. 15-21) | Fonction « rechercher / supprimer une personne ou un document » multi-emplacements | Prévu |
| Conservation (art. 5.1.e) | Suppression synchrone des index ; purge des conversations ; rotation des sauvegardes | Prévu |
| Formation (CNIL ; art. 4 règlement IA) | Session de sensibilisation documentée ; charte | Prévu |
Questions ouvertes
Ce qu'il reste à tester
- Rédiger l'AIPD du cabinet pilote avec l'outil PIA de la CNILL'architecture de la Box (sur site, permissions avant recherche, chiffrement à clé détenue par le cabinet, journalisation 6 à 12 mois, télémaintenance encadrée) permet de conclure une AIPD sans risque résiduel élevé, donc sans consultation préalable de la CNIL (art. 36).À tester
- Faire valider l'analyse juridique de la section RGPD par un avocatLes interprétations de la section RGPD (base légale 6.1.f, AIPD fortement recommandée, prestataire sous-traitant, RAG non assimilé à un entraînement, assistant interne non haut risque, HDS non applicable) seront confirmées pour l'essentiel ; les corrections porteront sur la formulation des arguments commerciaux et le contenu des clauses.À tester
Sources
- 1CNIL — Questions-réponses sur l'utilisation d'un système d'IA générativeDocumentation officielleFiabilité hauteCNIL · publié 2024-07-18 · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 2CNIL — Comment déployer une IA générative ? Premières précisionsDocumentation officielleFiabilité hauteCNIL · publié 18 juillet 2024 · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 3CNIL — Les fiches pratiques IA (développement des systèmes d'IA)Documentation officielleFiabilité hauteCNIL · publié 2024-2025 (mise à jour juillet 2025) · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 4CNIL — IA : assurer que le traitement est licite (définir une base légale)Documentation officielleFiabilité hauteCNIL · publié 2024 · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 5CEPD — Avis 28/2024 sur les aspects protection des données des modèles d'IADocumentation officielleFiabilité hauteCEPD / EDPB · publié Décembre 2024 · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 6CNIL — IA : informer les personnes concernéesDocumentation officielleFiabilité hauteCNIL · publié Février 2025 · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 7Règlement (UE) 2016/679 (RGPD) — texte consolidé EUR-LexDocumentation juridiqueFiabilité hauteEUR-Lex · publié 27 avril 2016 · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 8Loi n° 78-17 (Informatique et Libertés), article 46 — données d'infractionsDocumentation juridiqueFiabilité hauteLégifrance · publié Version en vigueur depuis le 1er juin 2019 · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 9CNIL — Délibération n° 2021-122 du 14 octobre 2021 (recommandation relative à la journalisation)Documentation juridiqueFiabilité hauteCNIL / Légifrance · publié 2021-10-14 · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 10CNIL — Guide sécurité : tracer les opérationsDocumentation officielleFiabilité hauteCNIL · publié Édition 2024 du guide sécurité · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 11CNIL — Guide pratique : les durées de conservationDocumentation officielleFiabilité hauteCNIL (avec le SIAF) · publié 2020 · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 12CNIL — Guide de la sécurité des données personnelles, édition 2024Documentation officielleFiabilité hauteCNIL · publié 26 mars 2024 (PDF mis à jour 2026-05, contenu non vérifié) · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 13CNIL — IA : garantir la sécurité du développement d'un système d'IADocumentation officielleFiabilité hauteCNIL · publié Juillet 2025 · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 14Délibération CNIL n° 2022-100 — recommandation relative aux mots de passeDocumentation juridiqueFiabilité hauteCNIL / Légifrance · publié 21 juillet 2022 · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 15CNIL — Violations de données personnelles : les règles à suivre et téléservice de notificationDocumentation officielleFiabilité hauteCNIL · publié Non daté (page maintenue) · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 16CNIL — Le registre des activités de traitement (et modèle simplifié)Documentation officielleFiabilité hauteCNIL · publié Non daté (page maintenue) · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 17CNIL — Responsable du traitement, sous-traitants : comment bien identifier son rôle ?Documentation officielleFiabilité hauteCNIL · publié Non daté (page maintenue) · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 18Parlement européen — The Digital Omnibus Regulation Proposal (RGPD, COM(2025) 837)Documentation officielleFiabilité hauteParlement européen · publié État au 1er août 2026 · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source
- 19ANSSI — Recommandations de sécurité pour un système d'IA générative (ANSSI-PA-102)Documentation officielleFiabilité hauteANSSI · publié 29 avril 2024 · consulté le 16 sept. 2026 · fiche source